Home SÉCURITÉ Burkina Faso: 2000 civils tués entre 2023 et 2025

Burkina Faso: 2000 civils tués entre 2023 et 2025

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C’est ce qui ressort d’un rapport de l’ONG Human Rights Watch sur les civils victimes collatérales de la lutte contre le terrorisme. L’armée et les groupes djihadistes sont au banc des accusés.

Plus de 1 800 civils ont été tués au cours de 53 incidents dans 11 régions du Burkina Faso entre janvier 2023 et août 2025, lit-on sur le site internet de Human Rights Watch. Ce que l’ONG qualifie de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Des crimes commis, d’un côté, par les forces de défense burkinabè et leurs supplétifs, les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), et de l’autre, par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), un groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda. Depuis 2015, le Burkina Faso est victime d’attaques terroristes.

Selon Human Rights Watch, le président de transition du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, ainsi que six hauts gradés de l’armée, sont responsables de ces crimes internationaux, tout comme le leader suprême du GSIM, Iyad Ag Ghaly, et quatre de ses proches collaborateurs. L’ONG évoque des persécutions contre l’ethnie peuhle dont l’armée et les VDP se seraient rendus coupables : « Les forces de l’État et les VDP considèrent de plus en plus les Peuls comme étant collectivement du côté des groupes armés islamistes et les soumettent à du harcèlement, à des violences et à une discrimination, ce qui, en retour, renforce le ressentiment et la méfiance à l’égard de l’État », lit-on dans le rapport.

L’ONG évoque également un nettoyage ethnique ayant, par moments, ciblé les Peuls. S’agissant des crimes contre l’humanité, l’armée a exécuté sommairement, d’après Human Rights Watch, 233 civils, dont au moins 56 enfants, dans la province du Yatenga, au nord du pays, le 25 février 2024. Le GSIM a également, selon l’ONG, massacré au moins 133 civils, dont des dizaines d’enfants, à Barsalogho, le 24 août 2024.

Le rapport de Human Rights Watch fait état d’un recul de la démocratie et d’une dégradation de la situation des droits humains au Burkina Faso, ainsi que dans les deux autres pays de l’Alliance des États du Sahel, le Mali et le Niger : « Les juntes militaires au pouvoir ont fait preuve d’intolérance à l’égard de l’opposition et de la dissidence politique. L’espace civique et politique s’est rétréci à mesure que la répression contre les journalistes, les activistes de la société civile et les membres des partis d’opposition a pris de l’ampleur, par le biais de détentions arbitraires, de disparitions forcées et de conscriptions illégales. Les dirigeants militaires des trois pays ont consolidé leur pouvoir sans élections, retardant le retour à un régime civil démocratique », s’inquiète l’ONG.

En septembre 2025, les trois pays de l’AES ont annoncé leur intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI). Mais, d’après Human Rights Watch, ce retrait est sans effet et les responsables de ces pays demeurent justiciables devant la CPI : « En vertu du Statut de Rome, le retrait prend effet un an après qu’un État en a officiellement informé le Secrétaire général de l’ONU. Les autorités militaires du Burkina Faso n’ont pas adressé de notification formelle au Secrétaire général. Fondamentalement, le retrait n’affecte pas la compétence de la CPI concernant les crimes commis alors que le pays était encore membre. La Cour peut continuer à examiner et à poursuivre les crimes qui se sont produits pendant la période d’adhésion », rappelle l’ONG.

La Gazette du Défenseur