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Les autorités avaient annoncé qu’il avait été réquisitionné puis envoyé au front. Mais selon une enquête de Reporters sans frontières, le journaliste Atiana Serge Oulon est séquestré dans une villa d’un quartier chic, où il subirait des actes de torture et de cruels sévices.

Selon l’enquête de l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF), Atiana Serge Oulon est détenu depuis au moins fin 2024 dans une villa de Ouaga 2000, un quartier huppé de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Le journaliste d’investigation du journal L’Évènement a été enlevé par des agents de l’Agence nationale de renseignement (ANR) le 24 juin 2024.

Le 24 octobre 2024, le directeur général des droits humains au ministère burkinabè de la Justice, Marcel Zongo, a déclaré devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples qu’Atiana Serge Oulon, comme plusieurs autres journalistes, avait été réquisitionné puis envoyé au front.Selon RSF, le journaliste est en réalité séquestré et violenté dans une villa transformée en prison secrète, située en face de l’ambassade des États-Unis. Les détenus y seraient retenus sans procès, ni contact avec un avocat ou leurs familles.

D’après un témoin contacté par RSF, Atiana Serge Oulon est l’un des détenus ayant subi les pires actes de torture. Le témoin affirme qu’un certain sous-lieutenant Ismaël Ouedraogo lui aurait enfoncé un clou dans la main. Le nom d’Aziz Pagmogda, chef de la sécurité présidentielle du capitaine Ibrahim Traoré, est également cité dans l’enquête comme étant celui qui assurerait le briefing des détenus avant leur libération.

Aucun motif officiel n’a été avancé pour justifier cet enlèvement. Mais selon RSF, Atiana Serge Oulon paierait le prix d’un article publié en décembre 2022 sur un scandale présumé de détournement de 400 millions de FCFA destinés aux Volontaires pour la défense de la patrie. L’article mettait en cause un « capitaine du Centre-Nord », un profil qui correspondrait au capitaine Ibrahim Traoré, alors qu’il dirigeait le régiment d’artillerie de Kaya, dans le centre-nord du pays.

Le capitaine Ibrahim Traoré a pris le pouvoir au Burkina Faso le 30 septembre 2022, à la suite d’un coup d’État contre le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Ce dernier avait lui-même renversé le président démocratiquement élu, Roch Marc Christian Kaboré, le 24 janvier 2022.Depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, des journalistes, des acteurs de la société civile, des hommes politiques, des avocats, des magistrats et même des militaires feraient l’objet de réquisitions, d’enlèvements et de disparitions forcées pour avoir critiqué le gouvernement ou exprimé leur désaccord avec celui-ci. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, certaines personnes enlevées seraient séquestrées pendant plusieurs années dans des villas de Ouaga 2000, sans procès.

La Rédaction